Classes virtuelles : des lieux pour apprendre aux espace-temps pour interagir


1. Vis ma vie avec classe

2. Voyage en première classe

3. Votre attention, svp

4. Dans tous les sens

5. Un an pour acquérir ses lettres de noblesse

Avant de vous téléporter…

« La durée d’un film devrait être directement liée à la capacité de la vessie humaine ». Qu’aurait pensé Alfred Hitchcock, auteur de cette réflexion pour le moins inspirante, des nombreuses sessions présentielles transposées in extenso en classes virtuelles durant le premier confinement de mars 2020 ?

Nous avons fermé les lieux pour apprendre afin d’ouvrir des espace-temps pour interagir. Conserver, à distance et en séquence synchrone, le meilleur des deux mondes nécessite un travail de préparation et de séquencement précis en amont afin de maintenir l’engagement de l’apprenant. Alors même que le formateur va devoir se passer de tous les signaux faibles de la communication non verbale très prégnants en présentiel : ceux qui lui permettent d’ajuster en temps réel son intervention, de repérer les apprenants en difficulté, de capter l’attention par un simple regard ou un déplacement physique dans la pièce.

Animer une classe virtuelle, ce n’est pas simplement « faire sans », sans l’informel et le contact humain du présentiel, c’est aussi « faire avec » au bon sens du terme, avec des outils, des méthodes et des leviers pédagogiques alternatifs, puissants et adaptés aux habitudes digitales des apprenants.

Beam me up, Scotty !(1)

(1) « Téléportation, Scotty », phrase culte de la série originelle Star trek.

1.
Vis ma vie avec classe

Quoi de plus éloquent qu’une tranche de vie et un retour d’expérience pour poser le problème crucial de la présence et profiter de la courbe d’apprentissage d’un physicien, aficionados du saut quantique et de la superposition d’états, qui a éprouvé la téléportation de l’amphi à l’écran.

« En tant qu’enseignant en temps de Covid, on a un drame absolu, c’est toutes les webcams fermées » dixit Julien Bodroff, physicien et enseignant à l’Université Paris-Saclay…

Un peu plus de 3 minutes de vidéo pour remettre du lien et de la présence à distance, en cliquant sur l’image ou en scannant le QR Code :

Combattre l’isolement de l’apprenant en classe virtuelle passe par l’instauration d’une relation individuelle et collective de qualité entre le formateur et ses apprenants. Le langage corporel porte un message. S’en passer nécessite donc de mettre en place de nouveaux repères de l’humeur et de la capacité de chacun à appliquer les process et à produire : ice breaker, travail collaboratif…

Sur les perturbations nées de la perte du langage non verbal et de tous les signaux faibles qui soutiennent notre communication et notre attention, l’éclairage de la chercheuse en sciences cognitives, Nawel Abboub qui explique, en moins de 3 minutes, pourquoi notre cerveau a autant de mal à supporter les visios à répétition. Cliquez sur l’image ou scannez le QR Code pour accéder à la vidéo.

Dans ce contexte, renforcer le sentiment de présence et les interactions se révèle donc fondamental.
Lawrence Ragan, docteur en sciences de l’éducation et professeur au Penn State’s World Campus, adosse le sentiment de présence sur 3 piliers relationnels :

  • la personnalité et l’aptitude du formateur à transmettre à chacun de ses apprenants un message et des savoirs, savoir-faire et savoir-être ;
  • les interactions que le formateur engage avec ses apprenants et celles qu’il est capable d’initier entre les apprenants pour créer une véritable communauté d’apprentissage ;
  • l’ingénierie pédagogique et le parcours que le formateur conçoit pour créer un fil conducteur et un accompagnement dans l’apprendre à apprendre sur lequel les apprenants vont pouvoir s’appuyer.

Cette intention de la classe virtuelle qui vise, au travers d’une conception pédagogique spécifique, à transmettre un savoir, un savoir-faire, un savoir-être, en s’appuyant sur l’individu autant que sur la dynamique de groupe, la distingue du webinaire ou de la visioconférence qui visent avant tout à délivrer une information. Autre distinction majeure, le nombre de participants. Dans un format webinaire, l’information est souvent descendante et ne nécessite pas de s’assurer de la bonne réception du message, d’évaluer une progression. Le nombre de participants n’a de limites que le débit de votre réseau (ou presque). En classe virtuelle, mieux vaut limiter le nombre d’apprenants simultanés pour créer une véritable relation engageante et riche. Au-delà de 20 personnes, le collaboratif et le participatif auront du mal à s’inviter dans votre animation.

Cet objectif spécifique et primordial de transmission et d’apprentissage de la classe virtuelle doit être supporté par une technologie et des fonctionnalités adaptées à la variété des activités pédagogiques.

2.
Voyage en première classe

Les solutions de classe virtuelle ne manquent pas, qu’elles soient en « stand alone » ou intégrées dans les LMS. Mais ne confondez pas outils et baguette magique. Les fonctionnalités d’une solution de classe virtuelle ne remplaceront pas tout le travail de conception amont.

De façon générale, une solution de classe virtuelle rassemble 4 grandes familles de fonctionnalités complémentaires :

  • une interface de communication utilisant une webcam et une fonction de voix sur IP ou de téléconférence comme dans toute solution de visioconférence ;
    des fonctionnalités et des outils de travail collaboratif, vecteurs d’interactivité au travers d’un tableau blanc, d’un chat, d’un partage d’écran, d’outils de sondage. Ces différents outils vont permettre par exemple l’annotation de documents, l’organisation de séances de questions/réponses via le sondage, la co-construction de livrables ou des brainstorming ;
  • des fonctionnalités de gestion de ressources pédagogiques multi formats destinées à permettre le téléchargement des fichiers à destination des apprenants (vidéos, audio, textes, url, quiz…) en prérequis de la classe virtuelle ou en renforcement après la session ;
  • des fonctions d’administration de la communauté d’apprenants (en amont avec l’agenda permettant de programmer les sessions et d’inviter les participants, en animation avec des fonctions de distribution de la parole par le formateur, de création de salles de sous-groupe pour une approche par projet…).

La possibilité d’enregistrer la classe virtuelle peut également s’avérer très utile dans l’optique d’une diffusion ultérieure asynchrone en replay pour ceux qui n’auraient pas pu y assister ou pour réutiliser des éléments de la séquence comme ressource pédagogique dans un parcours distanciel ou une animation présentielle.

Si la solution technique préside à la réalisation de la classe virtuelle, elle ne constitue que la partie émergée de l’iceberg. Sa qualité est nécessaire mais ne saurait suffire à engager les apprenants et à favoriser la mémorisation et la compréhension. Les différentes fonctionnalités, utilisées à bon escient, vont générer une interactivité propre à engager l’apprenant et à le rendre actif. Cette interactivité s’articule avec les interactions sociales (entre apprenants et avec les formateurs et tuteurs) pour faire naître un sentiment de présence.

Ce sentiment de présence à distance est un facteur clé de motivation de l’apprenant dans la durée. Le séquencement du parcours et l’alternance entre temps synchrones et asynchrones doit être réalisé lors de la phase d’ingénierie du parcours et ajusté au besoin après le lancement. Chaque séquence synchrone en classe virtuelle doit permettre d’opérationnaliser les savoirs délivrés en asynchrone par exemple, de procéder à des remédiations pour lever les incompréhensions ou les freins organisationnels et motivationnels de l’apprenant et/ou de mesurer les acquis.

3.
Votre attention, svp

Chaque jour, nous recevons, sur nos multiples écrans, des centaines de notifications, mails, annonces en tout genre. Nous pouvons entrer en relation avec la terre entière à l’aide d’un simple clic sur les réseaux sociaux. Notre temps passé sur le net augmente chaque année et s’établit aujourd’hui à 6h54.
Au final : nous sommes en infobésité.

C’est grave docteur ?

Il existe une corrélation inverse entre le volume d’information à traiter et la capacité attentionnelle : plus la quantité d’information augmente, plus notre niveau d’attention diminue. Notre attention a une capacité limitée et variable selon les individus, l’âge, l’entraînement. Au final, nous risquons la surcharge cognitive par surcroît de sollicitations.

Or l’attention constitue un prérequis à l’apprentissage. La corrélation entre niveau d’attention et performance (quel que soit le domaine) est totale. En formation, l’attention doit ainsi faire l’objet de toutes les attentions. Rappelons que la durée moyenne d’attention d’un adulte est de 10 minutes. Organiser des séquences de 8 à 10 minutes au terme desquelles, un événement (visuel, sonore, émotionnel) relance l’attention est fondamental. L’activité doit varier, qu’il s’agisse :

  • d’une ressource pédagogique de format différent (insérer une vidéo ou un audio pour permettre à l’apprenant de reprendre son souffle attentionnel),
  • d’une séquence d’évaluation (permettant de challenger les apprenants),
  • d’un témoignage ou d’un retour d’expérience pour permettre à l’apprenant de se projeter…

De façon générale, mieux vaut éviter les classes virtuelles d’une durée supérieure à 1 heure / 1 heure trente. De 30 à 40 minutes, avec une bonne scénarisation, l’efficacité sera renforcée. Et pensez que si les apprenants ont une capacité attentionnelle limitée, il en va de même pour le formateur.

Pour construire des sessions de classes virtuelles efficaces, n’hésitez pas à découper les interventions en 3 phases pour distinguer clairement :

  • l’accueil (15 à 20 % du temps environ), étape fondamentale de présentation du formateur, des objectifs, du déroulé de la séance avec chaque activité et leurs durées respectives ;
  • l’animation (50 à 60 % du temps) au cours de laquelle le formateur veillera au respect du programme et de la durée prévue, s’attachera à faire participer les apprenants, à diversifier les activités et à répondre aux questions puis à évaluer les acquis ;
  • la conclusion (20 à 30 % du temps) dont l’objectif est de synthétiser les notions clés, de s’assurer de n’avoir laissé aucune question sans réponse, d’évaluer
  • la satisfaction (au travers d’un sondage, par exemple) et de clôturer la séance en rappelant les rendez-vous à venir, le cas échéant.

Rendez-moi mon bouton-pause !

En classe virtuelle, l’apprenant n’a pas de bouton pause. Soyez son bouton pause !

Les ressources asynchrones ont l’avantage de s’adapter au rythme de l’apprenant. Celui-ci a le pouvoir de dire stop, de revenir en arrière s’il n’a pas saisi un propos, s’il a été dérangé. Il a le loisir d’accélérer s’il se trouve face à un savoir, un savoir-faire ou un savoir-être déjà maîtrisé. Ce n’est pas le cas en classe virtuelle.

Pour éviter ennui, décrochage, surcharge cognitive et attentionnelle, concentrez la session sur un objectif précis, ne multipliez pas les notions ou concepts et rythmez vos animations. Répétez, reformulez, abordez les savoirs, savoir-faire ou savoir-être de multiples façons, accordez des pauses, des activités plus ludiques, des moments informels de discussion. La diversité des fonctionnalités de la solution de classe virtuelle retenue sera ici un précieux allié.

Jouez sur des contenus attractifs et variés et suscitez l’émotion…

4.
Dans tous les sens

Sens et émotions constituent de véritables attracteurs d’attention. Soyez attrayant, sachez susciter la curiosité et l’envie d’en savoir plus en jouant sur l’émotion.

« Une image vaut mille mots »

De façon générale, la vue est le sens qui prime sur tous les autres. Ce sens est celui qui fait intervenir le plus de cellules nerveuses. Le nerf optique regroupe 18 fois plus de neurones que le nerf auditif. Tout ce qui relève du visuel est donc primordial pour capter et canaliser l’attention de l’apprenant.

Associer une explication à une image pertinente ou à un schéma synthétique permet une mémorisation plus efficace qu’un texte sur l’écran. De même qu’illustrer une notion par une vidéo permet non seulement de renforcer l’intérêt et la trace mnésique mais également de marquer une rupture et de favoriser une relance attentionnelle.

Les écrans de texte doivent contenir uniquement les points clés pour éviter une surcharge trop compliquée à lire ou une répétition intégrale du propos énoncé à l’oral par le formateur. Les documents textuels longs peuvent être mis à disposition de l’apprenant pour une consultation préalable (consignes ou rappel de notions en prérequis, par exemple) ou ultérieure (synthèse ou approfondissement, par exemple).

« La mémoire des mots se perd, pas celle des émotions »
L’émotion stimule le cerveau en indiquant qu’il se passe quelque chose d’important, de remarquable, qu’il convient en tout cas de prendre en compte avec attention. Toute émotion constitue ainsi un marqueur d’importance.

Pour ne pas confondre émotion et sentiment : une émotion (joie, peur, tristesse, surprise, colère, compassion, admiration…) est une réponse physiologique à l’environnement quand un sentiment est une manifestation psychique.

Au premier rang des capteurs émotionnels, on retrouve une fois encore la vue. Le contact visuel crée une émotion à un niveau inconscient. Rien ne capte plus l’attention que l’attention portée à quelqu’un. Nous l’avons tous expérimenté : regarder quelqu’un attire immanquablement son attention. Il est difficile de regarder une personne en particulier dans le cadre d’une classe virtuelle.

En revanche, il est tout à fait possible de compenser cette dispersion du regard par les tonalités de la voix. La voix est un puissant vecteur d’émotion : répéter ses animations permet d’adopter une intonation dynamique tout en respectant un débit adapté à l’activité et être capable de varier pour capter l’attention à des moments clés ou marquer l’enchaînement des activités, par exemple. Une voix monotone aura tendance à lasser l’auditeur, alors qu’une modulation pour créer la surprise ou apporter de la nouveauté peut générer une émotion chez l’apprenant et relancer son intérêt, donc son attention.

5.
Un an pour acquérir ses lettres de noblesse

En mars 2020, la classe virtuelle se résumait encore, pour beaucoup, à un outil mal maîtrisé de visioconférence. En un an, porté par l’acculturation aux sessions live, la définition plus précise des objectifs de chaque séquence, la structuration rigoureuse des temps synchrones ont fait de la classe virtuelle une modalité pédagogique collaborative, à même de faciliter la mémorisation et l’engagement de l’apprenant.

Ainsi avons-nous tous capitalisé sur notre expérience d’écran total, qu’il s’agisse de nos activités professionnelles quotidiennes ou de nos actions de formation. Nous sommes désormais prêts à apprécier les bénéfices de la classe virtuelle :

  • le formateur a apprivoisé la technologie et peut désormais en confiance utiliser pleinement les fonctionnalités des outils pour construire et scénariser des séquences synchrones qui s’affranchissent du cours magistral. Il devient un véritable médiateur entre l’apprenant et les savoirs, savoir-être et savoir-faire. Il peut désormais articuler transmission, remédiation, mise en pratique, évaluation et retours d’expérience par des séries d’activités pédagogiques variées ;
  • l’apprenant a surmonté ses craintes de s’exprimer devant le groupe par écran interposé, encouragé par les quelques minutes d’ice-breaker mises en place en début de classe virtuelle pour faire connaissance. Il a appris à utiliser les fonctionnalités de chat qui soutiennent les interventions et les questions des plus timides.

Formateurs et apprenants ont bien compris l’intérêt de privilégier des temps courts et réguliers pour favoriser la mémorisation et l’attention. Le formateur peut ainsi redéployer ses sessions en articulant activités asynchrones d’apprentissages ou d’évaluation à réaliser en autonomie par l’apprenant ou la communauté et activités synchrones en classe virtuelle pour lever les freins de compréhension, apporter des compléments, favoriser le dialogue au sein de la communauté apprenante et jouer sur la dynamique de groupe.

En un an, la classe virtuelle a tissé sa toile dans les parcours de formation.

Avant de vous téléporter…

Vous l’aurez compris, la classe virtuelle réunit une solution technique, une ingénierie pédagogique spécifique, un formateur capable d’engager les apprenants, de les amener à collaborer pour acquérir les savoir, savoir-faire ou savoir-être objet de la session. Avant de vous lancer ou pour améliorer vos pratiques, n’hésitez pas à solliciter les conseils de spécialistes. Pour accompagner votre réflexion, nous les avons interrogés. Ils nous livrent leur vision du marché, leurs conseils et points de vigilance…