Baromètre du numérique : la fracture numérique est morte, la formation devient la priorité

le 27/02/2026

Le numérique a maintenant pénétré tous les aspects de notre vie sociale et professionnelle en un rien de temps. L’intelligence artificielle générative s’est imposée en trois ans à peine comme un réflexe de productivité et de création.

Malgré cette généralisation, il existe une fracture profonde entre l’adoption des technologies et la capacité réelle à comprendre, à maîtriser et à réguler les effets de ces technologies. Cette séparation crée une tension nouvelle dans l’économie numérique.

Le Baromètre du numérique 2026, mené par le Crédoc pour l’Arcep, l’Arcom, le CGE et l’ANCT, évalue l’expansion de l’utilisation, l’accroissement des équipements et la persistance des fractures en termes de compétences et de confiance. Selon ses conclusions, l’époque de la conquête numérique est maintenant terminée. En 2026, la France ne consiste plus en un pays à connecter, mais en une société qui l’est déjà. L’accès à Internet, aux réseaux sociaux et aux outils d’intelligence artificielle n’est plus une question.

Ce basculement massif, attesté par l’augmentation constante du taux d’utilisateurs d’Internet (94 % des Français de 12 ans et plus), révèle cependant des faiblesses, notamment dans la compréhension des outils, la confiance dans les systèmes automatisés et la capacité à piloter ces nouveaux usages au quotidien. L’adoption rapide contraste maintenant avec l’assimilation technique et culturelle plus lente.

Usages massifs, mais compétences socialement inégales

L’adoption des technologies numériques ne va pas de pair avec leur maîtrise. Le baromètre 2026 révèle un décalage frappant : seuls 11 % des Français se déclarent « très compétents » en matière d’utilisation de l’IA générative, alors que 48 % l’utilisent déjà. De plus, deux cinquièmes des Français se disent à l’aise avec cet outil, mais 57 % admettent avoir des lacunes, même chez les jeunes générations. Cette réalité est également observable en ce qui concerne la configuration, la sécurisation et la personnalisation des usages. En effet, 22 % de la population adulte cite le manque de maîtrise comme étant le principal obstacle à l’utilisation quotidienne du numérique. Les disparités sociales demeurent apparentes : 60 % des personnes sans diplôme estiment que le numérique ne simplifie pas leur existence, alors que seuls 26 % des titulaires d’un diplôme universitaire partagent cette opinion.

Un numérique sous assistance et une gouvernance en devenir

L’étude montre que la généralisation du numérique ne s’accompagne pas d’une autonomie accrue. L’accompagnement humain, qu’il soit familial ou professionnel, est devenu une condition nécessaire à la poursuite de l’utilisation du numérique. Près de six Français sur dix sont des aidants numériques, la moitié d’entre eux l’étant pour aider dans les démarches administratives en ligne. Curieusement, plus le numérique s’impose, plus il dépend de l’aide humaine pour assurer sa viabilité et son accessibilité, en particulier pour les populations les moins qualifiées ou les plus âgées. L’écosystème des services doit donc s’adapter à une demande permanente d’aide, de médiation et de simplification.

La montée rapide de l’IA générative dans tous les secteurs oblige à anticiper la demande en outils d’accompagnement, en cadres de gouvernance et en dispositifs d’audit, aussi bien sur le plan technique que réglementaire. Selon l’indicateur 2026, l’avenir du numérique ne sera plus déterminé par l’accès ou la connectivité, mais par la capacité collective à maîtriser, à expliquer et à sécuriser l’utilisation généralisée de ces technologies.